
Au nord de tout, là où le vent s’acharne à déchirer les nuages pour mieux révéler l’immensité, vivaient les échos d’une présence insaisissable. On racontait qu’une femme habitait ces confins, une gardienne qu’aucun hiver ne pouvait flétrir. Elle semblait hors du temps — ou peut-être portait-elle tous les âges de la terre à la fois, rassemblés dans sa chevelure grise pareille à une couronne de soie. Quand elle marchait le long de la grève, ses pas ne laissaient aucune trace dans le sable, pas plus qu’une brume matinale ne laisse de cicatrice sur l’eau. Elle était un murmure, un secret que seuls les grands espaces osaient confier.
Pourtant, la légende disait qu’on venait de très loin pour la trouver. Des voyageurs exténués, les épaules voûtées sous le poids de leurs remords, de leurs armures trop lourdes et de leurs chagrins anciens, échouaient sur ses rivages. La Dame aux cheveux d’argent ne leur demandait ni or ni promesse. Elle les conduisait simplement au bord d’un grand feu de bois clair.
Là, dans le silence bienveillant de la nuit, elle les laissait déposer chaque nœud, chaque peur et chaque vieille armure inutile. Elle se contentait d’écouter, assise en tailleur avec eux, offrant le miroir limpide de son regard où chacun pouvait enfin voir son propre reflet, dépouillé de tout artifice, plus clair et plus pur qu’il n’avait jamais osé l’espérer.
On murmurait qu’à chaque fois qu’un être parvenait ainsi à alléger son fardeau, une mèche de la chevelure de la tisseuse de temps s’illuminait d’un éclat nouveau. Elle ne vieillissait pas ; elle s’éclairait. Devenue un phare discret au milieu des tempêtes intérieures, elle veillait à ce que chacun, au creux de ses mains ouvertes, puisse retrouver le premier mot de sa propre histoire.
-Nathalie, simplement

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