Woman sitting cross-legged on a wooden raft in the ocean at night looking at a full moon

La lune qui prenait tout le ciel

Il est des nuits où le ciel décide de tout donner.

Pas à moitié. Pas raisonnablement. Tout — d’un seul coup, sans prévenir, sans demander si l’on est prête à recevoir autant.

Il était une fois une femme qui rêva d’une lune si immense qu’elle ne tenait plus dans son regard. On ne voyait pas ses bords. On ne voyait pas sa fin. Elle était là comme une présence absolue, blanche et douce et aveuglante à la fois, transformant la nuit en quelque chose qui ressemblait au jour — mais un jour plus doux, un jour sans dureté, un jour fait uniquement de lumière réfléchie.

La femme chercha ses mains. Elle y trouva un vêtement. Et elle commença à photographier.

Elle photographiait parce qu’elle ne savait pas quoi faire d’autre devant une beauté aussi totale. Parce que quelque chose en elle voulait dire je l’ai vue — voulait garder une trace, une preuve, comme si la beauté était une chose fragile qui pouvait disparaître si on ne la retenait pas.

Elle remarqua que personne d’autre ne photographiait. Les autres regardaient peut-être. Ou peut-être ne voyaient-ils pas. Elle ne savait pas. Elle continua.

Puis elle monta sur un radeau.

Il y avait quelqu’un avec elle. Une présence qu’elle reconnaissait sans avoir besoin de se retourner — une présence douce et solide, comme une main posée sur l’épaule sans que la main soit vraiment là. Quelqu’un qui était parti depuis longtemps vers un autre rivage, et qui pourtant était là cette nuit, sur ce radeau, dans ce rêve — parce que certains amours ne savent pas vraiment comment s’en aller.

Ils avancèrent ensemble sur l’eau.

Elle était couchée sur le ventre, les yeux grands ouverts, son appareil tendu vers l’horizon. La lune touchait presque la surface de l’eau — si grande qu’on n’en voyait que la courbe, comme le bord d’un monde. Et puis les vagues vinrent, l’une après l’autre, frapper le radeau — et dans chaque éclaboussure, dans chaque goutte soulevée contre la lumière, il y avait un reflet. Un fragment de lune. Des milliers de petites lunes dispersées dans l’air une fraction de seconde avant de retomber dans l’eau.

Elle photographiait des éclats de lumière qui n'existaient que le temps d'un battement de cœur.

Et c’était la plus belle chose qu’elle eût jamais vue.

Ils accostèrent quelque part. Entrèrent dans une maison inconnue, traversèrent des pièces habitées sans que personne les remarque. Ils étaient légers comme des souffles, invisibles comme le vent — présents sans peser, existants sans déranger. Et quand ils ressortirent, la lune était encore là.

Fidèle. Immense. Comme si elle avait attendu.

La femme se réveilla avec quelque chose dans la poitrine qu’elle ne savait pas nommer. Pas de la nostalgie. Pas de la tristesse. Quelque chose de plus rare — une plénitude. Le sentiment d’avoir été, le temps d’un rêve, exactement là où elle devait être, avec exactement qui elle devait avoir près d’elle.

On dit que ce rêve lui apprit trois choses.

Que la beauté existe en quantités qui dépassent ce que l’on peut contenir — et que ce n’est pas grave. On n’a pas besoin de tout saisir pour être touchée.

Que ceux qui nous ont aimés ne partent pas vraiment. Ils deviennent une présence qu’on sent sans toujours voir — comme la lune, don’t on n’a pas besoin de voir les bords pour savoir qu’elle éclaire.

Et que parfois, dans une vie, il y a des nuits où le ciel décide de tout donner. Ces nuits-là, la seule chose à faire est de lever les yeux. Et de laisser la lumière entrer.

-Nathalie, simplement


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