L’Ange sans nom

Ce rêve est venu me trouver un matin d’hiver. Au réveil, j’avais la sensation étrange d’avoir reçu quelque chose — comme une lumière qu’on vous pose doucement dans les mains. Je ne savais pas encore comment l’appeler. Je savais seulement que c’était important. Que cette femme immense et joyeuse, qui glissait vers une clarté que je ne voyais pas encore, avait quelque chose à me dire. Peut-être à vous dire aussi.


On dit qu’il existe des êtres que l’on reconnaît sans les avoir jamais vus.

Ils n’arrivent pas comme arrivent les gens ordinaires — par des pas, par du bruit, par une présence qui s’annonce. Ils glissent. Comme si la terre sous leurs pieds n’était qu’une suggestion, comme si le sol n’avait pas tout à fait autorité sur eux.

Celle-là était grande. Si grande que ceux qui la croisaient devaient lever la tête pour la regarder, la façon don’t on lève les yeux vers le ciel quand on cherche quelque chose qu’on ne saurait pas nommer. Elle avait les cheveux bruns, coupés droit sous les oreilles, avec une frange nette — quelque chose d’ancien dans cette coiffure, quelque chose qui rappelait celles qui avaient entendu des voix et n’en avaient pas eu peur.

Elle portait un t-shirt d’un bleu très pâle, presque blanc, presque ciel, qu’elle tortillait doucement entre ses mains — pas par nervosité, non. Plutôt comme on tourne les pages d’un livre qu’on aime, distraitement, parce que les mains ont besoin de quelque chose à tenir pendant que l’esprit est ailleurs. De temps en temps, un sein apparaissait, petit, sans honte, sans gêne. Elle ne le remarquait pas, ou peut-être qu’elle s’en moquait. Son corps semblait lui appartenir d’une façon très simple, très libre.

Ce qui frappait le plus, c’était sa joie.

Pas une joie bruyante. Pas une joie qui cherche à convaincre. Une joie tranquille et totale, comme celle de quelqu’un qui a cessé depuis longtemps de se demander si les choses allaient bien se passer. Comme si rien — ni le vent, ni la peur, ni le regard des autres — ne pouvait vraiment l’atteindre.

Ceux qui la croisèrent ce jour-là ne surent pas quoi faire d’elle. Certains la regardèrent avec inquiétude. D’autres baissèrent les yeux. Mais il y en eut une — il y en a toujours une — qui resta là, immobile, à l’écouter.

Et juste avant de repartir, la grande femme se tourna vers elle et dit quelque chose de simple. Quelque chose que l’on oublie facilement parce que ça ne ressemble pas à une révélation, et pourtant.

Elle dit : il faut aller vers où ça brille.

Puis elle se retourna.

Et elle s’en alla, glissant dans la direction d’une lumière que les autres ne voyaient pas encore.

Celle qui était restée à l’écouter demeura longtemps à cet endroit. Elle regardait là où la grande femme avait disparu. Elle pensait à ce qu’elle avait dit. Elle pensait à toutes les fois où elle avait choisi l’ombre par précaution, par prudence, par peur de se tromper sur ce qui brillait vraiment.

On ne sait pas si elle la suivit.

On dit seulement que ce soir-là, elle rentra chez elle différemment. Qu’elle remarqua des choses qu’elle n’avait pas remarquées depuis longtemps. Une fenêtre allumée. Le reflet du ciel dans une flaque d’eau. La façon don’t une idée, parfois, illumine quelque chose à l’intérieur.

On dit que ceux qui croisent cette femme ne l’oublient jamais vraiment. Non pas parce qu’elle est étrange — bien qu’elle le soit. Mais parce qu’elle leur rappelle quelque chose qu’ils savaient déjà, quelque chose qu’ils avaient mis de côté pour plus tard.

Et que plus tard, c’est maintenant.

– Nathalie, simplement


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